Tu voulais juste me contrôler : le Noël d’Irina, entre chantage, indépendance et amour maternel – Recette
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Tu voulais juste me contrôler : le Noël d’Irina, entre chantage, indépendance et amour maternel

Alors, tu as finalement changé davis sur notre rupture ? Tu reviens la queue entre les jambes ?

Maëlys esquissa un sourire crispé, le téléphone collé à loreille. Dehors, le ciel de décembre sétirait en une mer dardoise, et dans la cour, des enfants hurlaient, glissant sur des sacs-poubelle transformés en luges improvisées.

Continue de rêver, Hugo. Ce nest pas pour ça que je tappelle.

Un silence épais, semblable à la brume sur la Seine, sinstalla. Maëlys imaginait Hugo, les sourcils froncés, cherchant à deviner la raison de cet appel. Depuis son départ, trois mois plus tôt, emmenant Léonie, ils ne parlaient que du strict nécessaire : séparation, garde, pension alimentaire. Des mots froids, tranchants, sans chaleur.

Noël approche, lança Maëlys, la voix dure comme la pierre. Léonie veut un sapin.
Achète-lui en un autre.
Elle réclame celui de lan dernier. Celui avec les guirlandes déjà accrochées. Tu te souviens ? Tu las mis à la cave.

Hugo resta muet. Maëlys percevait sa respiration, lourde, maîtrisée. Elle connaissait ce jeu : laisser le silence sinstaller, attendre que lautre craque, se justifie.

Elle ne céda rien.

Je te le rends, finit-il par lâcher. Mais à une condition.
Laquelle ?
On fête Noël ensemble. Toi, moi, Léonie. Comme une famille.

Maëlys éloigna le combiné, vérifia le numéro. Cétait bien Hugo. Elle navait pas rêvé.

Jamais.
Alors pas de sapin.

Elle coupa la communication, jeta le portable sur le canapé, sapprocha de la fenêtre, front contre la vitre glacée, paupières closes.

Trois mois. Trois mois à sextirper de la boue. Et voilà quà cause dun sapin en plastique, il tentait de revenir dans sa vie.

Non. Hors de question…

Le café résonnait, saturé de voix. Maëlys faisait face à Chloé, amie denfance, les mains serrées autour dun bol de café crème. Dehors, la neige tombait par à-coups, les passants semmitouflaient, et au fond, un vieux chant de Noël passait en sourdine.

Laisse tomber ce sapin, souffla Chloé, brisant un morceau de tarte Tatin. Il y en a partout, chez Carrefour ou Auchan.

Maëlys soupira.

Léonie ne veut que celui-là. Chaque soir, elle répète : « Maman, quand est-ce quon mettra notre sapin, celui qui brille tout seul ? » Et ses yeux souvrent, immenses, pleins despoir, comme si la magie dépendait de ce sapin.

Chloé secoua la tête, compatissante.

Tu as vraiment appelé Hugo pour ça ?
Jai dû ravaler ma fierté, répondit Maëlys, la bouche tordue comme après avoir mordu dans un citron. Tu imagines lhumiliation ? Demander quoi que ce soit à quelquun quon voudrait effacer de sa mémoire ?
Je comprends, souffla Chloé, posant sa main sur celle de Maëlys. Il a toujours eu ce côté dominateur. Tu te souviens de ton anniversaire ?
Quand il a fait une scène parce que Julien de la compta ma prise dans ses bras ?
Oui. Il ta fait un scandale tout le trajet du retour.

Maëlys avala une gorgée, lamertume du café calmant ses nerfs.

Huit ans, Chloé. Huit ans à subir ses questions, ses suspicions. Où jallais, avec qui je parlais, pourquoi je ne répondais pas tout de suite. Il surveillait chaque euro, commentait chaque achat. « Pourquoi cette robe ? Tu vas où comme ça ? »
Et malgré tout, il ta trompée, murmura Chloé.

Maëlys acquiesça, la gorge serrée, mais elle tint bon. Pas ici. Pas maintenant. Les larmes, elle les avait déjà versées, des litres, en découvrant ses messages.

Le pire, cest quil se pose en victime. « Tu ne maimais plus, alors jai cherché ailleurs. » Tu te rends compte ?
Chloé eut un rire bref, sans joie.

Cest toujours pareil. Les infidèles se font passer pour des martyrs. Tu as eu le courage de partir. Beaucoup seraient restées.
Pour lenfant. Pour la stabilité. Pour ne pas admettre léchec. Mais moi, je ne pouvais plus. Impossible.

La neige sintensifiait dehors, recouvrant Paris dun voile blanc. Noël approchait, et quelque part, dans une cave du quinzième arrondissement, dormait un sapin en plastique, unique chose que réclamait la petite Léonie.

Maëlys observait les flocons, songeuse. Lamour dun père, cest parfois accepter linacceptable, même parler à celle dont on ne veut plus entendre la voix.

Léonie, assise sur le tapis du salon, entourée de feutres et de feuilles, dessinait un sapin. Un triangle vert, une étoile dorée, des points jaunes et orange pour les lumières. Papa, il arrive quand, notre sapin ?

Je me penchai, caressant les boucles de Léonie, leur parfum de fraise me rappelant les matins dété à la campagne. Sa voix vibrait dune attente fébrile, et je sentis mon cœur se serrer devant tant dinnocence. Bientôt, ma chérie, répondis-je en forçant un sourire. Il ne reste plus longtemps à patienter.

Léonie releva la tête, ses yeux brillants despoir, puis retourna à son dessin, ajoutant des paquets colorés sous le sapin. Je restai là, accroupi près delle, envahi par la certitude que je ferais tout pour préserver cette lumière dans son regard, même affronter Hugo et ses ultimatums absurdes.

Lorsque la nuit tomba sur Paris, jattendis que Léonie sendorme, sa respiration paisible résonnant dans la chambre. Je pris mon téléphone, hésitant un instant, puis composai le numéro dHugo. Les tonalités sétiraient, interminables, avant quil ne décroche enfin.

Tu tes enfin décidé à rappeler, lança-t-il, sa voix pleine dun orgueil blessé.

Je serrai la mâchoire, tentant de contenir ma colère.

Le sapin, cest pour Léonie. Rien dautre.
Je sais très bien.
Cest Noël, Hugo. Tu pourrais faire un effort, juste cette fois
Mes conditions sont claires. Tu les connais.
Cest du chantage, ce que tu fais.
Cest la réalité, Maëlys. Tu veux le sapin, tu acceptes.

Un silence pesant sinstalla, seulement troublé par le ronronnement du radiateur. Je sentais la fatigue me gagner, mais je refusais de céder.

Je ne céderai pas, Hugo. Pas pour un caprice dorgueil.

Il soupira, agacé.

Alors Léonie naura pas son sapin. À toi de voir.

Je raccrochai, la gorge nouée, puis restai un long moment à fixer lécran noir du téléphone. Dans la chambre, Léonie murmurait dans son sommeil, inconsciente des luttes dadultes qui sentremêlaient autour delle.

Le lendemain, je me rendis chez Carrefour, arpentant les rayons à la recherche dun sapin qui pourrait, ne serait-ce quun peu, remplacer celui de la cave. Aucun ne semblait convenir. Tous paraissaient fades, impersonnels, sans la moindre magie.

De retour à lappartement, je trouvai Léonie assise devant la fenêtre, observant la neige qui tombait en silence sur les toits. Je magenouillai à ses côtés, posant une main sur son épaule.

On va trouver une solution, promis.

Elle me sourit, confiante, et je sentis une vague de détermination menvahir. Pour elle, je franchirais nimporte quel obstacle, même celui de mon propre orgueil.

Le soir du réveillon approchait, et Paris silluminait de mille feux. Les vitrines débordaient de guirlandes, les marchés de Noël embaumaient la cannelle et le vin chaud. Mais dans notre salon, labsence du sapin se faisait cruellement sentir.

Finalement, la veille de Noël, je descendis à la cave du quinzième, la clé froide dans ma main. Lodeur de béton humide menveloppa tandis que je fouillais parmi les cartons. Là, sous une bâche, le vieux sapin attendait, intact, ses lumières emmêlées.

Je le remontai, le cœur battant, et le dressai dans le salon. Léonie, en découvrant larbre, poussa un cri de joie, ses bras se refermant autour de ma taille.

Merci, papa ! sécria-t-elle, les joues roses dexcitation.Je sentis mes yeux me piquer, mais je me contentai de lui ébouriffer les cheveux, masquant mon trouble derrière un sourire maladroit.

Nous avons décoré larbre ensemble, elle suspendant les boules rouges et dorées, moi démêlant les guirlandes électriques. Chaque geste semblait dissiper un peu de la tension accumulée ces derniers mois. Léonie fredonnait des airs de Noël, sa voix cristalline emplissant lappartement, et pour la première fois depuis des lustres, la chaleur dun foyer me parut à nouveau envisageable.

Le soir venu, la lumière douce du sapin baignait le salon dune lueur rassurante. Léonie, blottie contre moi sur le canapé, contemplait les reflets colorés danser sur les murs. Dehors, Paris scintillait sous la neige, les cloches de léglise voisine sonnaient lheure, et tout semblait suspendu, paisible.

Je repensai à Hugo, à ses exigences, à tout ce que javais dû affronter pour en arriver là. Mais en regardant Léonie, je compris que rien nétait plus précieux que cet instant, que sa joie surpassait tous les sacrifices. Peu importaient la rancœur, les disputes, les ultimatums : ce soir, la magie de Noël appartenait à ma fille, et à elle seule.Dans la pénombre, Léonie sendormit, la tête posée sur mes genoux, un sourire tranquille flottant sur ses lèvres. Je restai immobile, attentif à sa respiration régulière, le cœur apaisé par cette trêve fragile. Les ombres du sapin dansaient sur le plafond, et je me surpris à espérer que, malgré tout, lannée à venir serait plus clémente.

Le matin suivant, lodeur du chocolat chaud envahit la cuisine. Léonie, encore ensommeillée, traîna ses chaussons jusquà la table, ses cheveux en bataille. Je lui servis une tartine, et elle me lança un regard complice, comme si elle devinait que, pour elle, javais affronté mes propres démons.

Dans la rue, les voisins se saluaient, échangeant des vœux, les bras chargés de paquets. Je croisai le regard de Madame Dupuis, du deuxième, qui madressa un clin dœil en apercevant le sapin illuminé derrière la vitre. Un instant, je me sentis à ma place, père parmi les autres, prêt à affronter lhiver parisien.

Plus tard, alors que Léonie ouvrait ses cadeaux, un message dHugo arriva. Quelques mots, secs, sans détour : « Joyeux Noël à Léonie. » Je ne répondis pas. Ce jour-là, il navait pas sa place dans notre cocon de lumière.

Le soir venu, après avoir rangé les papiers déchirés et les rubans, je minstallai près de la fenêtre, contemplant la ville qui sendormait sous la neige. Léonie, épuisée par lexcitation, dormait déjà, serrant contre elle un ours en peluche. Je repensai à tout ce que nous avions traversé, à la force quil mavait fallu trouver pour tenir bon.

Dans le silence, je fis le vœu de préserver cette paix, de garder la magie pour Léonie, coûte que coûte. Paris, sous son manteau blanc, semblait promettre un nouveau départ. Et moi, pour la première fois depuis longtemps, jy crus.

 

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