**17h45. Entrepôt abandonné, Tlajomulco.**
La pince métallique s’approche lentement de l’auriculaire gauche de Mateo. Le Crapaud la tient avec une précision chirurgicale. Ses yeux reptiliens brillent d’anticipation.
—Ça va faire très mal.
Mateo respire par à-coups saccadés. Son esprit lutte pour rester conscient, pour maintenir son personnage, pour ne pas crier sa véritable identité. Mais la douleur… la douleur a sa propre voix.
Au moment précis où la pince touche sa peau, l’un des tueurs à gages se précipite dans l’entrepôt.
—Patron, nous avons un problème !
Le crapaud lâche les pinces, irrité.
—Que va-t-il se passer maintenant ?
—Ils ont retrouvé Damián Aguirre. Il se cachait chez sa belle-sœur à Zapopan. Ils l’ont arrêté il y a une demi-heure.
Le crapaud jure entre ses dents.
—Alors… ce clown minable n’était pas la balance ?
« On ne sait pas, patron. Mais si Aguirre a disparu juste après la fête, l’informateur est peut-être quelqu’un d’autre. »
Mateo entend tout. Son cerveau traite l’information à une vitesse fulgurante. Ils ont capturé Aguirre. La mission principale a échoué. Deux ans de travail réduits à néant. Mais cela signifie aussi que l’attention du cartel est divisée, et cela lui fait gagner de précieuses secondes.
Le crapaud s’approche de la fenêtre sale. Il contemple le coucher du soleil d’un air pensif.
« Que fait-on du clown ? » demande le tueur à gages.
Un long silence. Finalement, le Crapaud répond :
—Emmenez-le à l’autre dépôt, celui sur la route de Chapala. Si Aguirre parle et mentionne le clown, on le tuera là-bas. Sinon… on le relâchera dans une décharge pour qu’il apprenne à se mêler de ce qui ne l’entoure pas.
Les tueurs à gages acquiescent. Deux hommes détachent les pieds de Mateo. Ses jambes, engourdies par le manque de circulation, réagissent à peine. Ils le soulèvent. Ses mains sont toujours liées dans le dos. Ils le traînent vers la porte.
Mateo réfléchit vite, trop vite. Lorsqu’on le remet dans le camion, il parvient à positionner son pied gauche selon un angle précis. Personne ne le remarque. Tous sont distraits, en pleine discussion à propos d’Aguirre.
Puis il appuie son talon contre le sol métallique. Une fois. Deux fois. Trois fois.
Le bouton caché est activé. Aucun son, aucune lumière, rien ne trahit l’action. Mais à 540 km de là, dans la salle obscure de SEMAR, une alarme numérique retentit.
*SIGNAL D’URGENCE ACTIVÉ. Localisation : Dépôt Industriel. Autoroute Tlajomulco – Chapala. KM 14.*
Le commandant Rivera affiche un sourire de soulagement sauvage.
—Nous l’avons. Mobilisons tout maintenant.
Des hélicoptères décollent. Des véhicules tactiques progressent sur les autoroutes. Des opérateurs des forces spéciales inspectent les armes. Le compte à rebours a commencé. Mateo n’a plus qu’à survivre 40 minutes. 40 minutes entre la vie et la mort.
Le camion se met en route vers sa nouvelle destination. El Sapo fume une autre cigarette. Et Mateo, les yeux fermés, compte les secondes car il sait que soit les secours arrivent, soit il ne reverra jamais Elena.
**Autoroute Tlajomulco – Chapala, kilomètre 11.**
Le SUV noir roule à allure constante sur la route déserte. Le soleil est complètement couché. Le ciel se teinte d’un orange foncé et d’un violet profond. De part et d’autre de la route, des champs de maïs s’étendent à perte de vue, tels des océans verts dans le crépuscule.
Mateo est allongé sur le plancher du camion. Ses mains sont toujours liées dans le dos. Un sac de jute noir lui recouvre la tête. L’air à l’intérieur est suffocant ; il sent la terre humide et la sueur rance. Il respire lentement, comptant les secondes. Il évalue les distances en fonction du temps écoulé et des vibrations de la route.
Trois tueurs à gages le protègent. L’un conduit. Les deux autres, fusils sur les genoux, discutent de foot et de femmes comme si transporter un kidnappé était une opération banale. Car c’en est une.
Soudain, le conducteur freine brusquement.
—Mince ! Qu’est-ce que c’est ?
Mateo sent le camion s’arrêter complètement. Il entend des voix étouffées, des pas sur le gravier, des portières qui s’ouvrent. Puis, une voix amplifiée déchire le silence :
—Secrétariat de la Marine ! Arrêtez le véhicule et sortez les mains en l’air !
Mateo ressent une vague d’espoir l’envahir. Ils sont arrivés. Mais il sait aussi ce qui les attend.
Les tueurs à gages paniquent. L’un d’eux crie :
—C’est une embuscade ! Feu !
Le chaos éclate instantanément. Des rafales d’AK-47 déchirent la nuit. Le verre vole en éclats. Métal contre métal. Des cris. Des ordres militaires mêlés à des jurons désespérés. Mateo roule sur le plancher du camion tandis que les balles percent la carrosserie blindée. L’une d’elles passe à quelques centimètres de sa tête. Il sent la chaleur du projectile.
La porte de derrière s’ouvre brusquement. Un des tueurs à gages l’attrape par le col de son costume de clown et le traîne dehors, s’en servant comme bouclier humain.
“Reculez ou je le tue !” hurle le tueur à gages en pressant le canon d’un Glock 17 contre la tempe de Mateo.
Le sac de jute tombe. Mateo cligne des yeux sous les projecteurs aveuglants des forces armées. Il aperçoit des silhouettes sombres qui avancent. Deux véhicules blindés bloquent la route. Un hélicoptère plane à basse altitude, son rotor soulevant des tourbillons de poussière.
Le commandant Rivera, vêtu d’un gilet tactique et fusil à la main, crie depuis derrière l’un des véhicules blindés :
«Libérez le civil ! Vous êtes encerclés !»
Le tueur à gages qui tient Mateo recule dans la végétation. Sa main tremble. Il est terrifié. Jeune, peut-être 24 ans. Les yeux écarquillés, la respiration haletante. Mateo connaît cette peur. C’est la peur de celui qui sait qu’il va mourir. Et les hommes désespérés font des erreurs.
Le jeune tueur à gages crie :
—On s’en va ou je lui fais sauter la cervelle !
Un autre tueur à gages, blessé à l’épaule, tente de s’enfuir vers le champ de maïs. Une rafale de M4 l’abat avant même qu’il ait fait trois pas. Il s’écroule comme une masse ; il ne bouge plus. Le conducteur du pick-up lève les mains et jette son arme.
—J’abandonne ! J’abandonne !
Les soldats le plaquent au sol. Menottes, genou sur le dos, immobilisé. Seul le jeune homme qui tenait Mateo reste.
Le commandant Rivera abaisse son arme. Il avance lentement, les mains visibles.
—Détends-toi, gamin. Personne d’autre ne doit mourir aujourd’hui.
—Recule ! Je vais le tuer !
Rivera s’arrête à 10 mètres.
-Quel est ton nom?
Le tueur à gages cligne des yeux, confus.
—Quoi ? Quoi ?
—Votre nom. Quel est votre nom ?
—Brandon.
—Brandon, écoute-moi bien. Cet homme que tu tiens pour responsable est un civil, un imbécile. Il ne mérite pas qu’on meure pour lui.
Mateo sent le canon trembler contre sa tête. Brandon est au bord de l’évanouissement. Puis Mateo parle d’une voix rauque, douloureuse mais ferme :
—Brandon… lâche-moi, s’il te plaît.
Le jeune homme le regarde, perplexe.
—Vous avez une famille, n’est-ce pas ? —Poursuit Mateo—. Une mère, peut-être des frères et sœurs.
Brandon hoche la tête inconsciemment.
—Si vous me tuez, vous deviendrez un meurtrier et ils porteront cette honte toute leur vie.
Silence. Seul le vrombissement de l’hélicoptère résonne au-dessus de nos têtes. Puis, lentement, Brandon abaisse son arme. Il relâche Mateo, tombe à genoux et se met à pleurer.
—Je suis désolé… Je suis désolé…
Des soldats se précipitent sur lui, le menottent et l’emmènent de force. Mateo s’effondre sur le trottoir, le souffle court. Ses mains sont toujours liées, son costume est déchiré et sa peinture est maculée de sueur et de larmes.
Le commandant Rivera court vers lui et coupe les liens avec un couteau tactique.
—Agent Esquivel, vous m’entendez ?
Mateo hoche faiblement la tête. Puis il entend quelque chose qui le glace le sang. Une voix à la radio :
—Commandant, un autre véhicule approche à grande vitesse. À 3 km au nord.
Rivera jure.
—Le Crapaud.
Et lorsque Mateo entend son nom à travers les communications radio ennemies interceptées, il sait que son identité vient d’être révélée et que la guerre ne fait que commencer.
**18h17. Même route, 3 km au nord.**
Un pick-up Ram 3500 noir file à toute allure sur l’asphalte. Au volant, El Sapo, le visage déformé par la fureur. À ses côtés, trois tueurs à gages chevronnés, armés de fusils Barrett de calibre .50 et de grenades à fragmentation.
Il a entendu les coups de feu à la radio. Il a entendu un nom qui n’aurait jamais dû exister.
« L’agent Esquivel… » répète-t-il ces mots comme du poison dans sa bouche. « Ce fils de pute. Deux ans… deux putains d’années à faire le clown et il était agent fédéral. »
Il enfonce l’accélérateur. Le camion vrombit. Il ne s’en tirera pas. Pas après l’avoir ridiculisé.
**18h20. Zone de confrontation.**
Mateo est soigné par un infirmier militaire. On lui nettoie ses plaies, on lui donne de l’eau et on lui enlève ce qui reste de son costume de clown, mais ses yeux restent alertes.
—Commandant, nous devons partir maintenant.
Rivera hoche la tête.
—L’hélicoptère vous sortira de là en 2 minutes.
—Mais ils n’ont pas deux minutes.
Le Ram 3500 apparaît à l’horizon tel une bête noire. Ses phares halogènes illuminent la route d’une intensité aveuglante.
«Contact ennemi !» crie un soldat.
Le camion ne freine pas, ne s’arrête pas, il fonce droit sur le périmètre militaire. Les soldats ouvrent le feu. Des dizaines de balles s’abattent sur la carrosserie blindée de niveau IV. Des étincelles jaillissent, le métal se brise, mais le véhicule continue d’avancer. À cinquante mètres de là, le tueur à gages, assis côté passager, sort son fusil Barrett de calibre .50 par la fenêtre et tire.
Une balle de calibre .50 perfore le moteur d’un des blindés. Explosion. Fumée noire. Soldats en fuite. El Sapo fait une embardée et dérape, soulevant un nuage de poussière et de gravier. Les tueurs sautent du camion avec une précision militaire, se dispersent et se mettent à couvert. L’un d’eux lance une grenade à fragmentation ; elle explose à trois mètres de Mateo.
L’onde de choc le projette sur le trottoir. Il a les oreilles qui bourdonnent, sa vision se trouble. Du sang chaud coule sur son front. Rivera le traîne derrière le véhicule blindé.
—Attends, Mateo, attends !
Les tirs s’intensifient. Tirs croisés. Cris. Ordres. Chaos total. L’hélicoptère tente de descendre, mais les balles du Barrett le contraignent à remonter.
—Impossible d’atterrir ! Trop de tirs ennemis !
Mateo sait qu’il ne survivra pas à l’attente. Il regarde autour de lui. Il aperçoit un fusil M4 près d’un soldat blessé. Il le ramasse. Il vérifie le chargeur : 23 balles.
Rivera le regarde avec surprise.
—Que fais-tu, Mateo ?
Avec des yeux transformés, non plus ceux d’un clown terrifié, mais ceux d’un agent entraîné, il répond :
—Mon travail.
Il jette un coup d’œil hors de sa cachette. Il respire. Il évalue la distance, la force du vent, l’angle. Il aperçoit El Sapo en train de recharger derrière son camion. Mateo vise. Il tire trois fois. Deux balles percutent la carrosserie, une effleure l’épaule d’El Sapo. Le tortionnaire hurle de douleur et de rage, cherchant à se mettre à couvert, mais il sait maintenant où se trouve Mateo.
—Voilà le clown ! Tuez-le !


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