On n’en peut plus, il n’y a que les enfants que tu peux engendrer ! – Recette
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On n’en peut plus, il n’y a que les enfants que tu peux engendrer !

«Tu ne sais faire que donner naissance aux enfants»

«Maman, pourquoi Julien dit que je suis une petite biche stupide?» sarrête Anaïs dans lentrée.

Véronique lâche la casserole de pot-au-feu.

«Julien!» crie-t-elle vers la chambre des enfants. «Viens ici!»

Le petit garçon de six ans arrive une minute plus tard, le visage fermé, prêt à se défendre.

«Je nai rien dit!»

«Tu as bien dit,» réplique Anaïs en donnant un coup de pied au sol.

«Calmezvous,» sagenouille Véronique pour parler à hauteur dyeux des enfants. «Julien, ne tords pas les mots de ta sœur. Anaïs, ne chipote pas sur chaque détail. Allez jouer, papa arrive bientôt.»

Les enfants senfuient. Dans la pièce voisine, Maxime, le petit de deux ans, se met à pleurer, réveillé par le vacarme. Véronique pousse un long soupir. Troisième congé maternité en sept ans. La carrière reste un rêve évanescent. Deux années de travail entre les deux premiers enfants, puis encore couches, nuits blanches, maladies infantiles.

Elle prend son fils dans les bras, le berce, pressant son corps endormi contre sa poitrine.

«Chut, mon petit, chut»

Maxime colle son nez à son cou et se tait. Véronique regarde par la fenêtre le patio gris du quartier de Montreuil, se rappelant quil y a encore six mois, tout était différent. Didier rentrait du travail, souriait, prenait les enfants dans ses bras, lembrassait sur le front. Puis quelque chose sest brisé.

Au travail, les problèmes de Didier commencent. Dabord il rentre maussade, se tait à table. Puis il reste tard le soir. Et ensuite autre chose.

La porte claqueDidier revient. Véronique entend le bruit de ses chaussures qui se déchaussent, le sac qui tombe.

«Quel désordre à lentrée?!Encore des vestes denfants sur le sol!»

«On vient juste darriver,» répond Véronique, toujours avec Maxime. «Le dîner est prêt.»

Didier franchit la cuisine, ouvre le couvercle de la casserole.

«Encore du pot-au-feu?Jai dit hier que je nen voulais pas.»

«Tu as dit que tu voulais quelque chose de chaud et maison.»

«Je pensais à un plat normal. Un risotto, par exemple, ou du poulet avec des pommes de terre.»

Véronique pose Maxime sur la petite chaise, sort un yaourt du frigo.

«Demain je préparerai du risotto.»

«Demain,» grogne Didier. «Tout est toujours demain.»

Elle se tait. Elle comprend: le travail est stressant, la direction met la pression, le projet seffondre. La femme doit rester patiente, soutenante, comme sa mère lui a appris. Mais chaque jour, se taire devient plus difficile.

Une semaine plus tard, le premier gros accrochage éclate. Julien renverse accidentellement un verre de jus sur le tapis. Didier, qui regarde le foot, explose.

«Tu élève vraiment tes enfants ou pas?!Six ans et il se comporte comme un bébé!Ses bras poussent dun seul point!»

«Didier, cest un accident»

«Un accident?Tout nest que hasard chez toi!Les enfants sont mal élevés, la maison est en bazar, la soupe est toujours trop salée!Questce que tu fais toute la journée?»

Véronique lève les yeux, regardant Didier de bas en haut. Julien pleure, blotti dans le coin du canapé. Anaïs reste figée dans lentr

ée.

«Je fais pousser tes enfants,» répondelle calmement.

«Les miens?» ricane Didier, cruel. «Tu les as mis au monde!Les faire grandir, cest ton devoir.Je gagne largent, pendant que tu te prélasses.»

Véronique se lève lentement, une éponge trempée à la main.

«Allons, les enfants. Il est lheure de dormir.»

Elle conduit Anaïs et Julien dans la chambre, les borde, lit une histoire. Maxime dort déjà dans son lit. En revenant au salon, Didier regarde la télé comme si de rien nétait.

Sans rien dire, elle se retire dans la chambre, sallonge le dos contre le mur. La nuit, quand Didier se couche à côté delle, elle ne se tourne pas.

Les deux mois suivants deviennent une guerre lente. Les reproches sont quotidiens: la vaisselle pas assez propre, la chemise mal repassée, les enfants trop bruyants ou trop calmes. Au début, Véronique supporte, puis réplique, puis crie.

«Tu ne saches rien faire!Tu ne sais quedonner naissance!Tu nes bonne à rien dautre!»

Véronique sarrête au milieu de la cuisine, une serviette serrée dans les mains.

«Cest toi qui voulais des enfants,» ditelle lentement. «Cest toi qui mas persuadée.Tu te souviens?«Un troisième pendant que nous sommes jeunes».Ce sont tes mots.

«Et alors?» hausse les épaules Didier. «Je travaille comme un fou!Je nourris la famille!Et toi, tu te plains!»

«Je ne me plains pas.Je te demande simplement de ne pas crier devant les enfants.»

«Gagne dabord le droit de faire des demandes!»

Il claque la porte en partant. Véronique reste seule, le dîner refroidi devant elle.

La nuit, le sommeil lui échappe. Elle regarde le plafond, écoute la respiration régulière de Didier. Quand sontils devenus étrangers? Quand lamour sest mué en fatigue, puis en irritation? Maxime na que deux ans et demi. Il reste au moins quatre ans avant lécole. Trois ans de cette vie.

Véronique se tourne, serre le bord de loreiller. Peutêtre auraitelle dû poursuivre une carrière? Travailler de neuf à dixhuit, être indépendante, ne dépendre de personne, avoir son argent, sa vie?

Mais alors il ny aurait plus dAnaïs aux yeux bruns sérieux, pas de Julien qui adore les LEGO et rêve dêtre astronaute, ni de Maxime, chaud, rigolo, un petit ourson maladroit.

Elle ferme les yeux. Il ny a pas de réponses simples. Jamais.

Le téléphone sonne un mardi ordinaire.

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