— Quelqu’un de très proche t’empoisonne doucement, murmura le médecin en jetant un regard inquiet vers mon mari si attentionné. – Page 2 – Recette
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— Quelqu’un de très proche t’empoisonne doucement, murmura le médecin en jetant un regard inquiet vers mon mari si attentionné.

— Très bien. Je fais les ordonnances. Et vous, Véra Nikolaïevna, revenez dans trois jours. Seule. Sans votre mari.

— Pourquoi ? s’emporta André. Elle tient à peine debout !

— J’ai besoin d’un entretien confidentiel, dit le médecin. Certaines questions ne se posent qu’en tête-à-tête.

André grimaça, mais se tut.

Les trois jours passèrent dans un coton épais. Je dormais, je me réveillais, je buvais les tisanes qu’André me préparait. Il ne me lâchait pas d’une semelle, mijotait des soupes, surveillait mes comprimés, comme si j’étais une figurine de porcelaine.

Le jour dit, Sergueï Palych m’attendait, un carnet ouvert.

— Asseyez-vous. Comment ça va aujourd’hui ?

— Un peu mieux, dis-je. La nausée a baissé. Les médicaments font peut-être effet ?

— Lesquels prenez-vous ?

Je les ai énumérés. J’ai ajouté qu’André me faisait des infusions et veillait à mon rythme.

— Qui prépare exactement ces tisanes ?

— Mon mari, qui d’autre ? ai-je souri. C’est de l’or, cet homme.

Il nota, se leva, vérifia la porte, revint, et baissa la voix :

— Ce que je vais dire va vous sembler insensé. Écoutez jusqu’au bout.

Je me suis raidie, prête au verdict.

— Ce n’est pas un cancer, dit-il en jetant un coup d’œil vers la silhouette d’André derrière le verre dépoli. On vous empoisonne lentement. Vos analyses montrent des traces d’arsenic. Ce toxique explique tout.

Le sol a tangué. Arsenic ? Poison ? Par qui ? Et l’évidence m’a frappée : qui, à part André, touche à mon assiette et à mon thé ?

— Non, fis-je en secouant la tête. Impossible. Il m’aime !

— Je comprends, dit le médecin en me montrant les chiffres. Mais il n’y a pas d’erreur. Quelqu’un vous en administre régulièrement.

— Pourquoi ferait-il ça ? chuchotai-je.

— Les mobiles ne manquent pas : assurance, héritage… Ou un syndrome de Münchhausen par procuration — rendre l’autre malade pour jouer ensuite le sauveur. On l’admire, on le plaint : quel mari dévoué…

Je revis André détailler ma « grave maladie », récolter les soupirs, se plaindre de sa fatigue d’aidant.

— Que dois-je faire ? demandai-je, au bord des larmes.

— Agissez comme d’habitude. Ne consommez plus rien de ce qu’il prépare. Jetez la nourriture, la tisane aussi. Dites que la nausée l’emporte. Je m’occupe du reste.

Il me donna une ordonnance et un petit flacon.

— Prenez-les discrètement. Voici ma carte — appelez au moindre doute.

Je suis sortie sonnée, comme dans un monde pixellisé. André s’est rué sur moi :

— Alors ? Un diagnostic ?

— Pas un cancer, apparemment, balbutiai-je sans le regarder. Nouveau traitement, un régime… Et marcher un peu.

Au fond, la peur s’installait. Près de moi, ce n’était peut-être pas un héros. Mais un traître.

— Seule ? s’étrangla André, comme douché à l’eau glacée. Tu te rends compte ? Tu tiens à peine debout ! Ce médecin est cinglé ?

— Il dit que le mental joue beaucoup, répondis-je d’une voix douce, alors que j’étais glacée de frayeur et de colère. Que je me suis habituée à être malade et que je dois reprendre une vie normale. Redevenir moi.

— Des foutaises ! gronda-t-il, les poings serrés. Demain, on voit un autre spécialiste ! Celui-là sort d’un cirque !

— Non, dis-je en me reculant. Essayons ce qu’il propose. Je crois qu’il a raison.

André fit la grimace d’un homme qui avale un citron entier, mais n’insista pas. Pour l’instant.

À la maison, il m’installa dans le fauteuil, me borda dans un plaid comme un chiot nouveau-né, puis fila à la cuisine. J’entendais la vaisselle, les placards, ses marmonnements. Une demi-heure plus tard, il revint avec un plateau : une soupe fumante et une grande tasse de tisane.

— Bouillon de poulet, gazouilla-t-il, l’air mielleux mais les yeux froids. Et une infusion menthe-miel. Bois, ma belle, il te faut des forces. Sans forces, on n’avance pas.

J’ai fixé l’assiette et j’ai senti mon estomac se retourner. Et si… ?

— Merci, mon cœur, soufflai-je en forçant un sourire. Mais l’appétit est parti. Plus tard, peut-être ?

— Il faut manger ! coupa-t-il, la voix dure. Regarde-toi : peau et os. Tu veux qu’on te glisse dans un cercueil ? Allez, deux cuillerées au moins.

Il s’assit tout près, me surveillant comme un chasseur sa proie. J’ai porté la cuillère aux lèvres, fait semblant d’avaler, puis j’ai reposé la soupe.

— Je ne peux pas, dis-je en éloignant le bol. Trop de nausées.

— Alors la tisane, insista-t-il. Ça coupe la nausée.

J’ai humecté mes lèvres sans avaler. Son regard me glaça : je l’avais pris pour celui d’un mari aimant ; c’était celui d’un prédateur qui mesure l’affaiblissement de sa cible.

— Je vais m’allonger, dis-je. La tête tourne encore.

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